Groupe Estémi
Elaborer une stratégie bas carbone pour passer de la réflexion à l'action

En bref
- Secteur : fabrication multimatériaux de menuiseries et fermetures sur mesure
- Taille : ETI industrielle d'environ 535 salariés, 6 sites de production, 110 M€ de chiffre d’affaires en 2023
- Dispositif mobilisé : PACTE Industrie – ACT Pas-à-Pas (opération individuelle sur la stratégie de décarbonation)
- Enjeu : transformer un premier bilan carbone peu mis en œuvre en une stratégie bas carbone crédible et pilotable
- Approche retenue : fiabilisation du bilan carbone puis méthode ACT Pas à Pas : analyse des risques, vision à 2050, feuille de route et plan de transition détaillé avec pilotes et échéances
- Bénéfice : montée en compétence des équipes, leviers concrets sur les scopes 1, 2 et 3, crédibilité renforcée vis‑à‑vis des actionnaires, des fournisseurs et des banques
Dans le cas d’Estémi, la décarbonation ne porte pas sur un équipement unique mais sur la façon dont une industrie structure son pilotage climat dans la durée. À son arrivée comme responsable RSE, Marion Ringotte constate qu’un bilan carbone a déjà été réalisé avec le dispositif Diag Decarbon’Action opéré par Bpifrance, mais que les actions proposées restent peu mises en œuvre, faute de profondeur et de gouvernance.
Une analyse de matérialité confirme que l’élaboration d’une stratégie de décarbonation constitue une priorité pour l’entreprise : les actionnaires attendent un rapport de durabilité et une feuille de route bas carbone, de même que les clients, les fournisseurs et les partenaires financiers. L’entreprise choisit alors de s’appuyer sur la méthode de l’ADEME, ACT Pas-à-Pas, financée par PACTE Industrie, pour transformer ce besoin en projet structuré.
Estémi est une ETI industrielle multisites, avec des chaînes de production et des flux de fret qui structurent une grande partie de son empreinte carbone. L’enjeu n’est pas seulement d’actualiser un bilan, mais de fiabiliser les données, de clarifier les risques et de mettre en cohérence les attentes des différentes parties prenantes.
En amont de l’accompagnement ACT Pas à Pas, il a été nécessaire d’affiner le bilan carbone, en passant de données d’entrées monétaires à des données physiques, plus précises. La démarche s’est ensuite appuyée sur un chef de projet formé, un groupe projet associant directions d’usine, achats et RSE, et plusieurs temps dédiés avec la direction générale (sensibilisation, atelier vision 2050, validation de la feuille de route, clôture).
L’un des principaux apports d’ACT Pas-à-Pas pour Estémi est méthodologique : il permet d’inscrire une trajectoire bas carbone dans une logique de plan de transition plutôt que dans un simple plan d’action. Diagnostic, identification des risques (CSRD, dépendance aux matières premières, vulnérabilité aux fossiles), construction d’une vision à 2050, puis déclinaison en feuille de route détaillée : chaque grande thématique est traduite en actions, avec des pilotes, des contributeurs, un calendrier et des indicateurs.
« Cette structuration répond à une question centrale pour une ETI : comment se donner des objectifs ambitieux mais atteignables, en tenant compte de ce qui est maîtrisable en interne (scopes 1 et 2) et de ce qui dépend fortement des fournisseurs (scope 3). La trajectoire carbone devient ainsi un outil de gestion, plutôt qu’un exercice de communication déconnecté du terrain. »
Sur les scopes 1 et 2, Estémi identifie un gisement d’action important sur le fret et les flottes de véhicules. Plusieurs sous‑actions sont structurées : passage au HVO pour les camions en lieu et place du diesel, formation des chauffeurs à l’éco‑conduite (avec des gains de consommation estimés entre 10 et 20%), amélioration du suivi des consommations et trajectoire de renouvellement 100% électrique pour la flotte commerciale.
Par ailleurs, deux sites encore équipés de chaudières fioul font l’objet d’une évolution vers des installations moins consommatrices et plus compatibles avec la stratégie bas carbone définie. Ces choix traduisent l’ambition de réduire durablement les émissions liées aux usages énergétiques directs, en lien avec une meilleure maîtrise des consommations.
Sur le scope 3, la démarche repose davantage sur des objectifs de moyens que de résultats, compte tenu de la forte dépendance aux achats de matières premières. Estémi travaille avec son top 15 fournisseurs, dont environ la moitié communique déjà des objectifs de réduction des émissions, pour fiabiliser les données, comprendre les trajectoires et encourager les projets bas carbone.
Le rôle des achats évolue fortement : le directeur des achats ne se limite plus aux seuls critères coûts‑délais‑qualité, mais tient compte de données carbone comme la part de recyclé dans les profils aluminium et PVC. Des visites RSE chez les fournisseurs structurent ce dialogue, dans une logique de solutions “gagnant‑gagnant” sur toute la chaîne de valeur.
Au‑delà des actions techniques, le retour d’expérience souligne une montée en compétence du copil RSE et une appropriation croissante du sujet par les directeurs de site et les équipes opérationnelles. Des initiatives comme la boucle fermée sur certaines chutes de production, renvoyées en extrusion, témoignent de l’intégration progressive des enjeux climat et déchets au cœur des métiers.
Marion Ringotte note également l’évolution du regard des actionnaires et des banques, très attentifs à la crédibilité de la stratégie de décarbonation. Pour Estémi, cette démarche contribue à “montrer patte blanche” dans un contexte où la dette senior du groupe est déjà indexée sur des critères RSE, et où la transparence sur le climat devient un facteur de confiance.
Le cas Estémi illustre l’ambition de PACTE Industrie : proposer un cadre qui aide les entreprises à progresser, quel que soit leur niveau de maturité initial. ACT Pas-à-Pas aide à construire une trajectoire de décarbonation adaptée aux réalités des industriels, en structurant la gouvernance, les choix et les priorités.
Le témoignage d’Estémi montre qu’une ETI industrielle peut engager un projet dense, sur 12 à 18 mois, pour faire passer le sujet climat du statut de contrainte abstraite à celui de levier de pilotage, de résilience et de compétitivité.